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L'action de grâces

Extrait du sommaire du n°9, 1er trimestre 1956

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                                                                              texte intégral

 

 

Sur le pauvre chemin de notre existence, le Seigneur a daigné placer devant nous cet homme démuni, désencombré de tout avoir, libre, et s'arrêtant devant un arbre, te soleil, une étoile, de l'eau, les yeux d'un enfant, un cœur de maman, une souffrance acceptée, pour s'extasier et dire merci.

« Quiconque, dit Chesterton, l'a suivi dans sa vie uniquement pour rire de lui, comme d'une sorte d'aimable leu, peut aisément avoir eu, en effet, l'impression d'un fou, qui s'incline devant chaque poteau ou qui tire son chapeau devant chaque arbre... Il ne voyait que l'image de Dieu, multipliée, mais jamais monotone. Pour lui, un homme était toujours un homme, et ne disparaissait pas plus dans une foule que dans un désert... Nous pouvons dire que saint François, dans la nudité et le dénuement de sa vie de simplicité, s'était cramponné à un dernier lambeau de luxe : les manières de la cour. Mais alors qu'à la cour il y a un roi et cent courtisans, dans cette histoire il y avait un seul courtisan au milieu de cent rois. Car il traitait toute la foule des hommes comme une foule de rois... Il faut se représenter saint François s'avançant ainsi rapidement à travers le monde avec une sorte d'impétueuse politesse, d'un mouvement qui était presque celui d'un homme qui tombe sur un genou, à moitié par précipitation, à moitié en hommage. »

Nous ne voyons plus guère cela aujourd'hui. Ou plutôt si, nous voyons sans cesse des hommes tomber à genoux en hommage devant leur propre ouvrage.

Mais reconnaître à travers tout bien l’œuvre du Dieu Vivant, et nous émerveiller, et nous ébahir, et cette grâce. la rapporter à son Auteur dans la grande joie de pouvoir Le contempler à travers elle, qui est capable de ce mouvement ? Sans hésiter, répondons : le pauvre, le cœur du pauvre.

ÍÎÐÏÍÎ

C'est parce qu'il traversait la forêt l'hiver, déguenillé et sans argent, que François pouvait répondre en chantant aux brigands surgis du taillis pour le détrousser et qui, surpris de ne rien trouver sur lui, l'interrogeaient sur son identité : « Je suis le héraut du Grand Roi».

La pauvreté, magnifiquement, faisait naître en lui l'action de grâces. Pour peu que nous connaissions cet homme ivre de Dieu, nous sommes intrigués par la pureté de sa joie, la fraîcheur de son rire, la limpidité de son chant. Il est passé sur terre en pleurant la passion du Christ et en chantant sa résurrection, sa Gloire, le Salut qu'il nous offre.

La majorité des prières qu'il nous a laissées sont des chants de pure louange ou d'action de grâces :

« A cause de Toi-même, nous Te rendons grâces ! »

Sa pauvreté le conduit à une entreprise intérieure magistrale de renvoi de tout le créé au Seigneur Créateur. Sans cesse, dans sa bouche et sous sa Plume, nous rencontrons les termes qui expriment ce mouvement : « rendre », « rapporter », comme s'il voulait éviter la moindre appropriation de choses et d'êtres qui sont réellement œuvres et propriété du seul Très-Haut.

« Puissions-nous Te rendre toute louange, toute bénédiction, toute reconnaissance ! Puissions-nous rapporter toujours à Toi tous les biens ! »

Il faut de tout « faire hommage au Très-Haut Seigneur à qui appartient tout bien ».

« Tous les biens, rendons-les au Seigneur ! »

ÍÎÐÏÍÎ

« Rendons-les ! » On le voit, il ne se contente pas de faire seul cet hommage, il, invite, il invite ses frères mineurs, tous ses frères les hommes à cet hommage. Il invite toutes les créatures qu'il rencontre. Il faut faire un formidable concert alternant avec celui, là-haut, des anges et des frères les Saints.

Invitation à chanter l'œuvre du Dieu Vivant en tout bien rencontré, que ce soit l'opération dune fleur qui s'ouvre à la lumière ou celle dune âme qui s'ouvre au Soleil Jésus-Christ.

Invitation à chanter l'épopée pascale du Seigneur au sein de la grandiose liturgie. Y a-t-il autre chose de bon, d'utile à faire sur terre, qu'à commencer, par d'informes balbutiements, notre éternel cantique pascal ?

Invitation du Héraut du Grand Roi au lecteur de ce Cahier.

Le cantique dans la fournaise

 

par Stanislas FUMET

La vocation eucharistique du frère mineur
(Commentaire du chapitre 23 de la règle de 1221)

 

par Ignace-Étienne MOTTE, ofm

Le cantique de Marie

 

par Gérald HÉGO, ofm

L’âme eucharistique de Saint Paul

 

par R. PŒLMAN, extrait de « La Prière », Cahier de « La Pierre qui Vire »

La vérité cambriolée

 

par Jean-Do

La prière d’action de grâces chez les enfants

 

par Pacifique MOUSSET, ofm

Témoignages

 

 

Hommage à Albert Frank-Duquesne

 

par Jean-Dominique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'esprit du Seigneur

Extrait du sommaire du n°10, 2ème trimestre 1956

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                                                                              texte intégral

L’esprit du Seigneur et sa sainte opération

par Godefroy GUILLERM, ofm

Cette étude à travers les textes de saint François n'avait pas été faite pour être publiée. L'idée d'ensemble de ce « Cahier » l'a forcé à sortir de son rôle de notes personnelles. Sa lecture sera peut-être fructueuse à qui aura la patience de la reprendre, textes en mains, sans crainte de feuilleter et refeuilleter, d'aller et de venir d'un passage à l'autre, pour les unir et les rapprocher, les éclairer mutuellement. Je souhaite alors au lecteur de découvrir qu'il approche du mystère même le plus secret, le plus intime de la vie intérieure de saint François.

Ne nous fions pas de trop à l'appréciation de François sur sa propre personne. Il se dit « ignorant et sans lettres », et ce ne peut être vrai que dans la même mesure où saint François se dit vil et pécheur. Mais qui fréquente les quelques écrits qu'il a légués est soudain saisi par un esprit vivant qui parle savamment de sen expérience.

Ce n'est ni un penseur, ni un savant, ni un amateur de belles pensées, ni un professeur. François est un vivant, qui dévore à pleine bouche et à belles dents ce que la vie lui offre pour apaiser sa faim d'Amour de Dieu. C'est un amoureux tout entier livré à sa passion de posséder la réalité la plus propre à attiser sa soif et sa faim de vie : Dieu Vivant.

On ne demande pas à un amoureux d'écrire ; il sait trop la pâle pauvreté des mots, leur incapacité à livrer l'âme et le secret de l'expérience d'amour. S'il lui arrive de devoir écrire, ce n'est que forcé par les circonstances, comme à regret Son rôle de fondateur, son zèle apostolique, son amour fraternel ont donné naissance à ces quelques écrits de circonstance que nous possédons. Il s'en dégage un enseignement précieux, profond, vivant, image même de sa vie. Chez saint François, rien de figé, rien de casé une fois pour toutes, rien qui ne ressemble à un enseignement dogmatique ni à une théorie. L'expression « Esprit du Seigneur », qu'il emprunte sans doute à la liturgie (cf. homélies de saint Augustin du samedi, lundi et mardi de la fête du Corps du Christ) n'est l'objet d'aucune définition ; elle lui sert à exprimer aussi nettement que possible ce dont il vivait. Autour de cette idée il cristallise sans esprit de système les conditions et les conséquences de l'acquisition de cet Esprit.

Au plus haut point il y a chez lui correspondance entre la science et la vie, la première étant conséquence de la seconde, la vie étant pour ainsi dire instrument de savoir. C'est ce caractère très spécial à la personnalité de saint François qui donne à tous ses écrits, notamment à ses admonitions et ses lettres, cette note de témoignage vivant, qui happe le lecteur et le mène à la mise en pratique de ce qu'il comprend, comme s'il était entraîné par une personne vivante ; c'est un véritable contact et attachement d’âme à âme.

Contexte de cette expression

L'insistance que met François à nous parler de l'« Esprit du Seigneur » en des termes tellement exigeants nous permet de supposer que nous touchons là à l'un des centres vitaux de sa spiritualité, sinon au suprême sommet qu'il veut atteindre dans sa marche vers Dieu.

Dans sa dernière Règle, au chapitre 10, des versets 7 à 12, saint François exhorte tous ses frères à demeurer fidèles à leur vocation de frères mineurs, en se gardant de l'orgueil, des soucis de ce monde, puis ajoute : « Ceux qui n'ont pas étudié ne songeront pas à se mettre à l'étude ; ils penseront que leur SUPRÊME DÉSIR doit être d'avoir l'Esprit du Seigneur et sa Sainte Opération, de le prier... »

Cette précision à ceux qui n'ont pas étudié et qui n'ont pas à le faire, n'est pas pour atténuer la portée de son affirmation. Ce que nous savons de lui par ailleurs et ce  que nous en verrons ici prouvera que cette exhortation s'adresse à tout frère mineur, prêtre ou laïc, lettré ou illettré. L'attitude que saint François a adoptée vis-à-vis des études permet d'ajouter que l'étude pour lui n'est pas le seul moyen d'acquérir cet esprit, ce n'est même pas le moyen le plus sûr et il n'est moyen semble-t-il que pour ceux dont c'est le devoir d'état. Ce n'est donc pas le privilège ou la fonction spéciale des frères laïcs de chercher à avoir l'Esprit du Seigneur et sa Sainte Opération, comme d'autres s'adonnent à l'étude ou ministère, mais ce suprême désir est inhérent à toute vocation de frère mineur.

D'autres passages nous le prouvent en même temps qu'ils permettent de préciser ce que saint François groupe sous cette idée majeure d'Esprit du Seigneur et de sa Sainte Opération. Ces passages sont extraits de la Première Règle. D'abord au chapitre 23/9 :

« Maintenant donc que nous avons abandonné le monde, nous n'avons rien d'autre à faire que de nous appliquer à suivre la volonté du Seigneur et à lui plaire. »

« Rien d'autre à faire que de nous appliquer » est le correspondant adéquat du « suprême désir » et « suivre la Volonté du Seigneur » est donc peut-être une idée qui correspond à celle d'acquérir l'Esprit du Seigneur et sa Sainte Opération.

Puis un autre passage du même chapitre, au verset 23, où le parallélisme est exactement respecté :

« Dans la sainte charité qu'est Dieu, je prie tous mes frères, Ministres et autres (comme précédemment, c'est bien à tous que cet avis s'adresse), d'écarter tout empêchement, de rejeter tout soin et tout souci, et de s'employer de leur mieux en toute manière à servir, adorer et honorer Dieu dans la pureté de leur cœur et de l'âme, car c'est là ce qu'il attend de nous par dessus tout. Faisons sans cesse en nous-mêmes une habitation et une demeure pour lui qui est le Seigneur Dieu tout-puissant, PÈRE, FILS et SAINT-ESPRIT. »

Nous sommes bien en présence de la même idée explicitée. Mais en même temps qu'elle se précise et déploie ses richesses, elle répugne à se laisser regrouper d'une façon organique et il est difficile de voir par exemple si : « suivre la Volonté du Seigneur » ou « servir, aimer, adorer et honorer Dieu » est l'acquisition même de l'Esprit du Seigneur ou si c'en est la condition ou si encore s'exprime par là sa Sainte opération.

Problème plus logique que véritable dont François ne s'est pas préoccupé, car dans un autre passage où se manifeste encore nettement ; le parallélisme d'idée (1° Règle, 17/14), c'est à l'Esprit du Seigneur lui-même que saint François attribue le désir suprême de la crainte, la sagesse et de l'amour de Dieu, et c'est à lui également que revient la capacité et la volonté de prendre les moyens pour parvenir à cet amour du Père, Fils et Saint-Esprit A moins que l'application à l'humilité et patience, à la pure simplicité et à la paix véritable de l'Es prit, soit non un moyen mais une conséquence et comme la jouissance de l'opération sainte du Seigneur.

« L'Esprit  du Seigneur (au contraire de l'esprit du monde) veut que la chair soit mortifiée et méprisée, vile et abjecte, soumise à l'opprobre ; il s'applique à l'humilité et à la patience, à la pure simplicité et à la paix véritable de l'esprit ; il désire plus que tout la divine crainte, la sagesse, le divin amour du Père, Fils et Saint-Esprit ».

De qui parle saint François

Après toutes ces premières démarches autour de cette idée de l'Esprit du Seigneur, il est bon de rappeler que saint François n'a pas voulu nous laisser un traité de théologie et qu'il n'a pas l'air de se préoccuper beaucoup de ce que nous appellerions la nature même de cet Esprit du Seigneur. Dans ce dernier passage, l'Esprit du Seigneur n'est pas seulement un esprit qui nous a commandé de tenir notre chair mortifiée, cet esprit est actif et il agit car c'est lui qui s'applique (en nous évidemment) à l'humilité, patience et paix. Peut-on déduire de là que l'Esprit du Seigneur est cet Esprit dont parle saint Paul, qui prie et agit en nous à notre place ? Mais en 2' Règle, 10/9, on serait tenté d'assimiler l'Esprit du Seigneur à l'Esprit du Christ jésus, car aussitôt après on le cite dans son Évangile et on nous demande de « le prier toujours d'un cœur pur », le pronom « le » semblant, se rapporter au Seigneur qui dit : « Aimez vos ennemis »  1

Ailleurs dans la 13° Admonition : « De congnoscendo Spiritu Domini », saint François assimile l’Esprit du Seigneur à l'Esprit de Dieu, auquel le serviteur de Dieu a part en sachant rester humble, loin de tout orgueil de la chair. (A nouveau, les mêmes expressions : orgueil de la chair, se juger vil et moindre.)

N'essayons pas de mettre sous ces expressions : Esprit du Seigneur, Esprit de Dieu, des distinctions qui n'entraient pas dans la pensée de saint François. Le contact avec tous ces textes nous montre assez combien la réalité dont parle le saint est pour lui quelque chose de capital et de vital ; elle est pour lui objet d'expérience plutôt que définition scolastique. Peu importe d'en gloser pourvu que nous la possédions.

Or on peut du moins conclure de l'analyse de tous ces passages et de leur contexte, qu'une condition sine qua non est à remplir avant d'avoir part à l'Esprit du Seigneur : celle d'écarter tout empêchement ; ce qui revient pratiquement à « abandonner le monde » en « se gardant de tout orgueil, vaine gloire, avarice » ; en se gardant " de la sagesse de ce monde et de la prudence de la chair ».

Un mot résume cela : le péché, et c'est de cela qu'il faut d'abord se débarrasser, de cela qui est notre propriété propre comme le dit François dans ces mêmes textes (1° Règle 17/18), « sachons-le certainement, nous n'avons à nous que les vices et péchés ». Et plus loin, en l' Règle, 22, (pour concrétiser le monde que nous avons abandonné). Il nous avertit qu'il faut « haïr notre corps avec ses vices et ses péchés ; en vivant charnellement il veut nous enlever à l'amour de Notre-Seigneur - celui que l'Esprit du Seigneur désire - (cf. 1° Règle 17/14) et la vie éternelle et se perdre lui-même avec tout ce qu'il y a dans l'enfer. Car par notre faute, nous sommes corrompus et misérables, contraires au bien (cf. Adm. 12 : « La chair est toujours contraire au bien »), prompts et disposés au mal. »

Autour de cette idée gravitent toujours les mêmes notions du monde, d'orgueil, de soucis, d'avarice, de sagesse de la chair. Ainsi à nouveau avant les versets 23 et suivants, saint François avait opposé à l'Esprit du Seigneur, comme contraire à son acquisition, « la malice et la subtilité de Satan qui ne veut pas que l'homme tienne son esprit et son cœur tournés vers le Seigneur ; il rôde et cherche à emporter le cœur de l'homme par les affaires et les soucis de ce monde et s'y établir » - et plus bas : « gardons-nous bien d'aller sous prétexte de récompense, de travail ou d'avantage, perdre notre âme et l'enlever au Seigneur. »

Pour acquérir l’Esprit du Seigneur il faut donc d'abord et avant tout ne pas être en état de péché ou positivement être en état de grâce. La grâce serait donc le degré initial de l'acquisition de cet Esprit ; elle serait également la formulation théologique de ce que saint François a appelé « Esprit du Seigneur » se référant tour à tour au Christ, à Dieu, à l’Esprit-Saint. Notre âme par la grâce devient le temple de la Sainte Trinité, et voilà pourquoi François nous dit - « Faisons sans cesse en nous-même une habitation et une demeure pour lui qui est le Seigneur Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. »

De même dans la « Lettre à tous les Fidèles » : v. 45 à 53, où toutes lès idées déjà exprimées jusqu'ici sont reprises suivant un même plan, nous retrouvons ce passage très caractéristique où l'Esprit du Seigneur est identifié à l'Esprit-Saint et également à la grâce. On y lit en effet : « L'Esprit du Seigneur reposera sur eux (ceux qui agiront ainsi et persévéreront jusqu'à la fin à savoir : renoncer à la sagesse selon la chair) et ils seront fils du Père céleste (la grâce en effet nous établit sur un plan de filiation surnaturelle adoptive à l'égard de Dieu) dont ils font les œuvres ; et ils sont époux, frères, et mères de N.-S. Jésus-Christ. Nous sommes époux quand par l'Esprit-Saint l'âme fidèle est conjointe à Jésus-Christ (doctrine de la grâce qui nous rend participants membres actifs et participants dans son Église les mérites du Christ) ; nous sommes ses frères quand nous faisons la volonté de son Père qui est dans les cieux (cf. 1ère Règle, 22/9) ; nous sommes mères quand nous le portons dans notre cœur et dans notre corps par l'amour et par une conscience pure et sincère et que nous l'enfantons par la pratique du bien qui doit luire aux autres comme un exemple. »

Et pour corroborer cette idée que l'état de grâce coïncide avec l'habitation en nous de l'Esprit du Seigneur, lisons la 1ère Admonition sur le Corps du Christ. Après avoir déclaré que Dieu ne peut s'atteindre que par l'esprit, qu'il s'agisse du Père, du Verbe ou de l'Esprit-Saint ; que le Christ lors de son passage sur la terre était un objet de foi et qu'il avait fallu à ses contemporains croire selon l'esprit qu'il était vraiment le Fils de Dieu, sous peine d'être condamné, saint François nous dit que le même dilemme se pose à présent pour nous vis-à-vis du sacrement du Corps du Christ : ou voir et croire selon l'esprit ou selon Dieu que c'est là le Corps et le Sang très saints de N.-S. J.-C. ou être coupable et condamné. Et quand il s'agit de la réception du sacrement, il parle ainsi : c'est donc l'Esprit du Seigneur habitant en ses fidèles qui reçoit le Corps et le Sang très saints du Seigneur. Tous les autres qui n'ont pas cet esprit, s'ils osent recevoir le sacrement, mangent et boivent leur condamnation. La conclusion s'impose : n'avoir pas l'Esprit du Seigneur c'est être en état de péché mortel et communier en cet état c'est commettre un sacrilège ; avoir l'Esprit du Seigneur c'est au contraire être en état de grâce.

Notons encore ici, comme en 1ère Règle, 17/14.... le rôle actif qui est donné à la grâce ou, mieux, le réalisme de saint François qui préfère parler d'une personne habitant en nous plutôt que d'un état déterminé dans lequel nous sommes , expression dont le statisme même a presque effacé la réalité de Dieu vivant en nous. Par là d'ailleurs saint François rejoint sans doute la tradition ; et pour ne citer que saint Paul, l'expression « l'Esprit du Seigneur habitant en nous reçoit.. » s'apparente bien mieux aux formules : « revêtez-vous du Christ jésus.... ce n'est plus moi qui vit c'est le Christ.... ayez en vous les mêmes sentiments dont était animé le Christ-Jésus », plutôt qu'à une définition de la grâce.

Les termes de saint François ont le mérite de nous bien montrer le rôle actif de Dieu habitant en nous. L'état de grâce ce n'est pas quelque chose ni un stade de psychologie de notre être, c'est quelqu'un qui EST en nous vivant et agissant et nous rendant vivant et agissant en vue de notre fin, la vie éternelle.

Cette perspective jette une lumière nouvelle sur 1ère Règle, 22/ 23-24 et nous montre encore mieux maintenant qu'il s'agit là aussi d'acquérir l’Esprit du Seigneur et sa Sainte Opération. Nous ne l'avions affirmé précédemment que sur le rapprochement des formules soulignées plus haut ; nous pouvons le confirmer ici puisque nous y lisons aussi : « Faisons sans cesse en nous-mêmes une habitation et une demeure pour lui qui est le Seigneur Dieu. »

Et pour confirmer le réalisme théologique de saint François, on est heureux de lire dans «La lettre à tous les Fidèles" cette phrase qui montre bien cette possession de la créature non par un état mais par une personne vivante ; parlant de pécheurs, saint François dit en effet : « Ils n'ont pas la sagesse spirituelle car ils n'ont pas en EUX le Fils de Dieu qui est la vraie sagesse du Père - et cette autre phrase déjà citée : « Nous sommes époux (l'on vient aussi de parler de l'habitation et demeure que l'Esprit-Saint fait dans l'âme des fidèles) quand par l'Esprit-Saint l'âme fidèle est CONJOINTE à Jésus-Christ.

Dans cette formule réaliste « Esprit du Seigneur », il y a plus qu'une tendance chez saint François à personnifier les abstractions, tel qu'il a fait pour la Salutation des Vertus ; il y a plus qu'une marque de son génie poétique, qu'une heureuse trouvaille de mots ; il y a que saint François exprime beaucoup mieux toute la réalité cachée sous cette expression ; loin de s'arrêter à cet acte initial de l'Esprit-Saint qui est de nous établir en état de grâce, il s'applique surtout à suivre l'action du Seigneur habitant l'âme du fidèle, et il nous invite non seulement à ne pas quitter ce stade initial mais aussi à laisser croître en nous jusqu'à son plein épanouissement cet Esprit.

Sans doute saint François n'a qu'une crainte : celle du péché, et nous verrons tout à l'heure de quelle façon il nous en parle, mais son sens réaliste et sa fine psychologie a tôt fait de découvrir qu'il n'est meilleure façon d'éviter le malin et ses œuvres que celle de se détourner complètement de cette vision et de progresser résolument dans le chemin qui mène à l'amour de Dieu. Acquérir l’Esprit du Seigneur n'est donc pas seulement recevoir la grâce du Christ, c'est laisser cette grâce se développer suivant son rythme propre, progressif et envahissant, c'est plus concrètement laisser l'Esprit du Seigneur tant commander notre âme et notre corps qu'elle nous conduise dans une alternative d'ascèse et de contemplation à goûter la charité qu'est Dieu.

La sainte opération

A) DELIVRES CORPS ET AME

Avant de progresser dans cette marche en avant et de préciser par là quelles sont les opérations de l'Esprit du Seigneur, demandons à saint François quelques explications supplémentaires sur la façon dont il envisage la renonciation au péché, acte préliminaire à la possession de l’Esprit du Seigneur.

Si le mot « péché » est employé plus souvent que le mot « grâce », saint François semble également préférer lui substituer des expressions qui rendent mieux le caractère vivant et dynamique de ce que nous appelons aussi « état de péché ».

L'horreur du saint pour un tel état ressemble plus à une répulsion physique qu'à une gêne psychologique ; il parle de fuir, de haïr. Qui parle de péché parle d'un mal et au XIII° siècle cela ne fait qu'un avec le Malin - le seul ennemi qu'il ne faille pas aimer Cette phobie du péché, la seule qu'admette saint François ; en effet combien suggestive cette phrase au début de la 11° Admonition : « Au serviteur de Dieu nulle chose ne doit déplaire hormis le péché » (cf. aussi 1ère Règle 17/9 et 2' Règle 10/10). C'est dire que tout le reste doit être aimé et particulièrement peut-être tout ce qui en nous et autour de nous aide à l'aversion de cet état ; et logique avec lui-même François illustre le texte du saint Évangile (Mt., 5/14) : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent », par cette glose : « Sont donc nos amis tous ceux qui nous infligent injustement tribulations et angoisses, hontes et injures, douleurs et tourments, martyre et mort ; nous devons les aimer beaucoup parce que le mal qu'ils nous font nous vaut la vie éternelle. »

Mais cet ennemi où aller le chercher ? inutile de chercher plus loin qu'en nous-mêmes, car « Chacun a en sa puissance l'ennemi par lequel il pèche ; aussi bienheureux ce serviteur qui, puisque un tel ennemi est livré à sa puissance, le tient toujours enchaîné et a la sagesse de s'en garder. Tant qu'il agit ainsi aucun autre ennemi, visible ou invisible, ne pourra lui nuire » (10' et 27' Admonitions). En effet l'ennemi visible ou bien est notre ami, s'il maltraite le corps, ou s'il le flatte et veut le faire pécher ne peut rien contre lui sans son consentement ; de même que l'ennemi invisible, le démon, se verra impuissant devant quelqu'un qui est sur ses gardes - « Où il y a crainte du Seigneur pour garder la maison, l'ennemi ne peut se faire une brèche pour entrer. »

En tant qu'il est une occasion de péché, le corps, pour saint François doit être tenu en suspicion, car souvent il est l'ennemi de l'âme ; il ne faut guère trop écouter ses revendications, même lorsqu'il est malade. La maladie en effet est une de ces amies qui nous aide à atteindre la vie éternelle : « Par l'aiguillon de la souffrance et de l'infirmité et par l'esprit de componction, ainsi que dit le Seigneur, je châtie et je corrige ceux que j'aime ». Mais si le malade se trouble et s'irrite, soit contre Dieu soit contre ses frères, ou s'il exige des remèdes avec inquiétude, dans un désir excessif de sauver sa chair qui est l'ennemi de l'âme, cela lui vient de l'esprit mauvais et il ne se conduit pas comme l'un de nos frères, puisqu'il aime le corps plus que l'âme » (1ère Règle 10/5-8).

Et ailleurs ce texte déjà cité, où de la suspicion prudente il passe au sentiment de haine (1ère Règle, 22/3-5) : « Haïssons nos corps avec ses vices et péchés ; en vivant charnellement il veut nous enlever l'Amour de N.S.J.C. et la vie éternelle, et se perdre lui-même avec tout ce qu'il a dans l'enfer ». Cette haine on le voit n'est motivée que parce que François qui va toujours aux positions extrêmes n'y voit que le seul moyen de le sauver et par ailleurs de conserver intacte la seule chose qui compte à ses yeux : l'Amour du Christ.

Il ne faudrait pas croire que ce soit là une simple métaphore' échappée en passant de sa plume ; l'idée est reprise textuellement dans la « Lettre à tous les Fidèles » (v. 37-40 et 46) : « Ayons nos corps en opprobre et mépris parce que tous par notre faute nous sommes malheureux et putrides ». Ce serait également fausser la pensée de saint François que de restreindre le mot « corps » à son simple sens physiologique et faire de François un disciple du manichéisme qui haïrait le corps comme étant le siège du mal (opposé à l'âme qui serait le siège du bien) ; il suffira pour s'en convaincre de remarquer la citation de Mt., 5/18-19, qui suit presque toujours les passages où il est demandé de mépriser le corps (cf. 1ère Règle, 22/7-8 ; 1" Lettre, 37, 69) et où il est dit que c'est du cœur de l'homme que procèdent vices et péchés. Le corps n'est donc pas à prendre au sens strict ; et il n'y a pas opposition entre corps et âme, mais tous deux sont coupables quand ils se laissent conduire par l'esprit mauvais et règlent leurs désirs sur ce que saint François appelle la sagesse de la chair, cette sagesse qui non seulement est opposée à la pureté du corps mais surtout à la pureté de l'esprit, à la simplicité et à l'humilité (1ère Lettre, v. 15 et Salutation des Vertus).

De cette sagesse de la chair, François nous a dressé un tableau saisissant au v. 63 à 69 avec sa contrepartie, la sagesse spirituelle, qui est le Fils de Dieu : « Ceux-là qui s'adonnent aux vices et aux péchés, marchent après la concupiscence mauvaise et les désirs mauvais, n'observent pas ce qu'ils ont promis, ceux-là sont esclaves, corporellement du monde, des désirs charnels, des soucis et sollicitudes de ce siècle, sont esclaves spirituellement du diable qui les trompent, dont ils sont les fils, dont ils font les œuvres : tous ceux-là sont des aveugles car ils ne voient pas la vraie lumière, Notre Seigneur Jésus-Christ », non que cette lumière leur ait été refusée, au contraire « Ils voient, ils connaissent, ils savent, ils font le mal. Sciemment ils perdent leur âme (64 à 69). Et saint François groupe ici les ennemis qui nous font pécher : la chair, le monde, le démon.

(Il est bon de noter ici que ce paragraphe a été écrit surtout par opposition à l'état de ceux qui ont l'Esprit du Seigneur ; au v. 63, en effet, François nous parle de ceux qui ne sont pas en état de grâce puisque de fait ils ne peuvent recevoir le Corps et le Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, et v. 67, qu'ils n'ont pas en eux le Fils de Dieu).

C'est à cet esclavage du monde et du démon, à cette sagesse et prudence charnelle que s'adonnent ceux des religieux qui se laissent gagner par le « mal de la volonté propre » : le péché contre l'obéissance, péché d'orgueil, suicide moral s'ils persévèrent, et homicides par leur mauvais exemple, car ils causent la ruine de beaucoup d'âmes et se perdent eux-mêmes d'une perte mortelle, car ils sont en état de péché. »

« Gardons-nous donc tous de l'orgueil et de la vaine gloire, gardons-nous de la sagesse de ce monde et de la prudence de la chair » (1ère Règle, 22/1,12).

On serait tenté de croire en lisant à la suite tous ces textes de -saint François, groupés autour de cette idée, le péché mortel, que sa religion n'a eu qu'un but : sauver son âme de la damnation, et que la crainte de l'enfer fut un des motifs de sa marche vers Dieu, marche qui semblerait dès lors une retraite, les yeux dirigés du côté de l'abîme dont il a peur plutôt qu'une démarche toute d'amour qui fait tourner -sa face vers le seul Être qui nous attire. Simple illusion d'optique, occasionnée par le regroupement des passages cités et qui se dissipe lorsqu'ils sont replacés dans leur ensemble, et contrebalancés par ce que nous allons essayer d'étudier maintenant : le rôle de l'Esprit du Seigneur dans l'âme fidèle. Les besoins de l'exposé nous feront mettre l'accent sur deux rôles principaux : ceux-ci ne sont pas dissociés dans l'esprit du saint comme deux facteurs se succédant dans le temps de façon à ce que l'un s'achevant, l'autre commence, mais ils jouent simultanément sans s'exclure.

B) LIVRES CORPS ET AME

L’Esprit, nous l'avons montré, est agissant une fois qu'il habite dans l'âme du fidèle : il invite, il veut, il reçoit... un de ses rôles principaux est de nous rendre capables « de suivre la Volonté du Seigneur » (nous savons que nous n'avons rien d'autre à faire que de nous -y appliquer (1ère Règle, 22/9). Et sous ce rôle vient se grouper tout le côté ascétique de la vie spirituelle, tout cela qui tend à remplacer la sagesse de la chair par la vraie sagesse spirituelle. Ce rôle est de développer en nous toutes les vertus contraires aux vices. Sans doute -saint François craint de perdre son âme et son corps, mais ce n'est pas son âme et son corps qui sont surtout obstinément et égoïstement envisagés, car de toute façon il joue, mais positivement d'une façon salutaire, la perte de son âme et de son corps ; il prend à la lettre la phrase du saint Évangile : qui voudra sauver son âme la perdra ; et au lieu de la perdre mortellement en s'appropriant sa volonté propre, il renonce à tout ce qu'il possède, il, perd son corps et son âme en se livrant tout entier à l'obéissance, comme le dit la 3" Admonition. Certes il s'agit ici de l'obéissance au supérieur religieux, il est permis de penser qu'à plus forte raison, lorsque l’Esprit du Seigneur commande, il est urgent de lui obéir « de cette obéissance d'amour qui satisfait à Dieu et aux hommes », comme ajoute la même admonition.

Cette collaboration de la volonté du fidèle à l'opération de l'Esprit du Seigneur est surtout une attitude de non-résistance, de désappropriation ; maintenant que l'on voudra ce que l'Esprit voudra, la possession bientôt sera entière avec ses opérations. Mais il commencera par détruire en nous avec la force du feu ce qui n'est pas compatible avec la pureté de l'Amour où il veut nous mener. Ainsi comprenons-nous mieux ce que nous avons lu plus d'une fois : « L'Esprit du Seigneur veut que la chair soit mortifiée et méprisée, vile et abjecte, soumise à l'opprobre (et voilà qui nous détournera de la concupiscence de la chair). Il s'applique à l'humilité et à la patience (et voilà qui détruira notre orgueil, notre volonté propre), à 7 la pureté, simplicité, et à la paix véritable de l'esprit (et voilà qui confondra toute sagesse de la chair et toute sagesse du monde, comme nous l'apprend la Salutation des Vertus). Toute cette ascèse bien entendu non pour elle-même, comme pour enregistrer des performances, mais parce que le désir suprême de l'Esprit est la divine crainte, la divine sagesse, le divin amour du Père, Fils et Saint-Esprit. C'est ce que nous apprend le chapitre 17 de la 1ère Règle ; c'est ce que nous retrouvons à peu près dans les mêmes termes, dans la 2' Règle, au chapitre 10. Avec l'aide de l'Esprit du Seigneur, les frères pourront se garder de toute orgueil, vaine gloire, avarice, soin et soucis de ce monde, détraction et murmure ; au contraire ils prieront Dieu avec un cœur pur, ils posséderont l'humilité, la patience dans la persécution et l'infirmité, ils aimeront ceux qui les persécutent et les contredisent.

Laisser cet Esprit agir, c'est aussi devenir « simples, humbles et purs » suivant la lettre à tous les Fidèles. Et l'on peut reprendre une à une les admonitions qui traitent d'ascèse spirituelle : qu'il s'agisse d'humilité, de pureté, de pauvreté d'esprit, de patience, de paix du cœur, de charité ; ce sont autant d'aspects de cette opération de l'Esprit du Seigneur en nous, dans sa phase d'ascension, d'orientation vers l'accomplissement de la Volonté du Seigneur, sous cet angle particulier qui est d'écarter tout empêchement ; d'orienter tout ce que nous sommes vers cette autre phase du même accomplissement de cette Volonté, l'autre rôle de l’Esprit du Seigneur en nous. Cette phrase de saint François résume à merveille ce que nous venons de dire et amorce ce que nous allons expliquer, là où il écrit : « Ne gardez pour vous rien de vous afin que vous reçoive tout entier celui qui se donne à vous tout entier » (2ème Lettre, 20).

C) L'INTELLIGENCE

Cet autre rôle en effet peut se comprendre comme étant celui de nous donner pleinement le Seigneur autant que notre être surnaturel est capable de le recevoir. Et tout d'abord de développer en nous sa connaissance, d'agrandir et d'approfondir notre foi ; puis ce degré franchi, ce sera enfin de l'aimer, l'adorer, de le contempler et de le louer de toutes les forces dont nous disposons, et elles sont infinies puisque en nous et par nous ce sera l'Esprit du Seigneur lui-même qui aimera, louera, adorera, en y ajoutant la perfection dont notre nature ne pouvait disposer.

L'Esprit du Seigneur développe en nous l'esprit de foi, avons-nous dit. C'est ce que nous apprend par exemple la 1ère admonition : l'esprit qui voit Dieu, l'esprit qui croit que Notre Seigneur était vraiment le Fils de Dieu, qui voit et qui croit que sous la forme du pain et du vin il y a vraiment le corps et le sang du Seigneur, cet esprit ne peut le faire qu'illuminé intérieurement par l'Esprit-Saint. Déjà nul ne peut prononcer le nom de jésus sans le secours de cet Esprit. Combien à plus forte raison ne faut-il pas son aide pour reconnaître et croire fermement ces dogmes de foi. Cette foi au Corps du Christ fut un thème de prédication et d'exhortation favori à saint François. Il avait le cœur sensibilisé par cette présence eucharistique du Fils de Dieu. Il désirait communiquer à tous ce sens de la présence eucharistique (cf. 2' Lettre, 1/16-17), mais spécialement à tous les prêtres, leur demandant de se comporter avec dignité et de traiter avec respect cette chose si sainte (2ème Lettre, 17/23, 33). C'est d'ailleurs en conséquence de cet esprit de foi envers l'Eucharistie que l’Esprit du Seigneur développe en nous la foi aux ministres, aux églises et à l'Évangile (cf. 1ère Règle, 19). La 26' Admonition nous demande d'honorer les premiers, même pécheurs ; le motif : ils sont les ministres du Corps du Christ. Le testament nous le redit dans un paragraphe admirable (6 à 13), à partir du verset 12 il s'agit de l'Évangile et des théologiens, à qui nous devons honneur et vénération « comme étant ceux qui nous administrent l'esprit de vie ». Il est à noter que saint François n'a pas employé le « quia » causal et l'explication en est peut-être que ce ne sont pas les théologiens qui par eux-mêmes communiquent esprit et vie, mais l'Esprit du Seigneur qui nous permet à leur école d'écouter et recevoir par eux l'enseignement de celui qui seul nous donne esprit et vie : Notre Seigneur Jésus-Christ. « La lettre à tous les Fidèles » demande cette même révérence pour les clercs (1ère  Lettre, 33-35) et toujours pour le même motif.

L'esprit de foi, le sens de Dieu par l'influence de l’Esprit du Seigneur requiert des ministres de l'autel surtout un affinement du sens sacré ; quelle plainte chez saint Français à l'occasion de ceux qui n'ont pas cette dignité requise par leur fonction, qui traitent l’Eucharistie et livre des Saintes Écritures irrévérencieusement. Quelle éloquence au contraire lorsqu'il s'agit, comme dans la 2' lettre, de rappeler à ses frères prêtres la dignité et la grandeur de leur sacerdoce (2ème Lettre, 12, 29, 24, 37, 41-42). « Plus que tous à cause de ce mystère le Seigneur vous a honorés : vous aussi plus que tous, aimez-le, révérez-le, honorez-le. »

L'esprit de foi, la connaissance des mystères, le sens de Dieu s'achèvent toujours dans l'esprit et la parole de François en un acte d'Amour, en un cri de louange.

D) AMOUR SPIRITUEL

Et voilà l'ultime rôle, l'opération la plus haute de l'Esprit du Seigneur en nous. Tout le cheminement parcouru avec lui dès l'instant de son habitation dans l'âme aboutit ici. De même que les Vertus_ louées et célébrées par le saint dans sa Salutation, s'ordonnent vers la simplicité et débouchent dans la Sagesse qui est cette science (sapere) où l'on goûte combien le Seigneur est doux et suave, ainsi la renonciation à la sagesse de la chair, la soumission de l'âme et du corps à une ascèse dirigée par l'Esprit du Seigneur, et l'esprit de foi qu'il développe et approfondit, ne se comprennent bien que parce qu'ils aboutissent à cet hymne de louange, à cette adoration qui s'échappe de l'âme en contemplation devant Dieu. L'Amour qu'est Dieu auréole les efforts de bonne volonté de l'âme, en même temps que déjà elle confortait ces efforts par irradiation intérieure ; le suprême objet du suprême désir de l'homme est atteint. Et nous rejoignons par là nos textes parallèles du début de cette étude, surtout celui de 1ère Règle, 22/13 : « Dans la sainte Charité qu'est Dieu, je prie tous mes frères de s'employer de leur mieux, en toute manière, à servir, aimer, adorer et honorer DIEU, dans la pureté du cœur et de l'âme : car c'est là ce qu'il attend de nous par-dessus tout ». Voilà où mène le suprême désir d'acquérir l'Esprit du Seigneur, voilà quelle en est l'opération ultime. Le rapprochement opéré au début avec 22/9, qui nous montrait que tel était vraiment « suivre la Volonté du Seigneur et lui plaire », se manifeste encore mieux sous cet angle de Charité à atteindre, à vivre, à aimer et à louer, et nous montre d'une façon nette l'unité de pensée de saint François, surtout lorsqu'on remarqué la glose qu'il a fait dans les « Laudes » à la demande du Pater : « Que votre Volonté soit faite » : ce sont exactement les mêmes idées, un peu plus développées qu'en 1ère Règle, 22/13... ; exactement l'aboutissement de toute la marche de l'esprit et du corps vers Dieu sous le souffle de l'Esprit : « Que nous vous aimions de tout notre cœur en pensant toujours à Vous, de toute notre âme en Vous désirant toujours, de tout notre esprit en dirigeant vers Vous toutes nos intentions, et en cherchant en toutes choses votre bonheur, de toutes nos forces en dépensant toutes nos forces et tous les sens de notre âme et de notre corps au service de votre Amour et à rien d'autre. »

Saint François a voulu condenser ici tout ce que la contemplation de DIEU est capable de réclamer et d'obtenir de qui veut suivre sa Volonté et lui plaire. Cet idéal ne pouvait être entrevu que grâce à la lumière qu'infuse en nous l'Esprit du Seigneur ; il ne pouvait devenir programme de vie que si ce même Esprit nous donnait les forces nécessaires pour cheminer vers ces hauteurs. Par lui nous connaissons, car il nous illumine, par lui nous aimons, car il nous enflamme ; lumière et amour habitant en nous, il nous fait déjà participer autant que notre humaine nature le permet et le laisse agir, à cette béatitude ressentie pleinement par les saints et les anges aux cieux (cf. Laudes, 3).

Et qu'il est aisé en feuilletant les écrits de trouver de ces textes lumineux et chaleureux qui font écho à cette paraphrase du Pater. C'est tout le dernier chapitre de la 1ère Règle qu'il faudrait transcrire ici. Spécifions les versets 2 7 à 35 : les termes en sont les mêmes que précédemment : aucune louange ne fut peut-être plus plénière, plus universelle, plus totale, que celle-ci ; ces versets étaient préludés par un passage tiré de l'Évangile, qui nous invite à l'amour plénier, qui était lui-même précédé par le rassemblement de toute la création pour cette prière de louange à Dieu (cf. parallélisme avec 1ère Règle, 23/16-29). Et il n'est pas étonnant que dans la « lettre à tous les Fidèles », nous trouvions cette même exhortation à répondre à l'Amour de Dieu par notre amour ou plutôt par l'amour que lui-même répand en nous par son Esprit (cf. 1ère Lettre, 18-21).

E) L'ACTION DE GRACES

Mais saint François le sait bien, ce serait contraire à l’Esprit du Seigneur de se glorifier d'être parvenu à une telle possibilité de contemplation. Au fur et à mesure qu'il se laisse envahir par cet Esprit, il ne devient que plus misérable à ses yeux ; il n'en retire aucune gloire, ne s'en trouve pas plus digne, et cette note d'humilité est ici le critère infaillible de la pureté de son amour ; lisons dans ce sens les versets 9 à 11 du dernier chapitre de la 1ère Règle. « Et parce que, misérables et pécheurs (même après l'acquisition de l'Esprit du Seigneur) que nous sommes tous, nous ne sommes pas digne de te nommer, nous te supplions que Notre Seigneur Jésus-Christ ton Fils bien-aimé en qui tu te complais, avec le Saint-Esprit-Paraclet, te rende grâce comme il te plaît et comme il leur plaît, pour toutes choses. »

On sent très nettement à cette phrase que saint François a touché du doigt ce qu'est la pure gratuité du don de Dieu, lorsqu'il envoie son Esprit pour suppléer à notre faiblesse. Aussi se réfugie-t-il pour parler d'amour et pour plaire à Dieu, derrière le Christ, afin que sa prière et son Amour suppléent à notre incapacité de pécheurs. (Nous sommes on le voit en plein terrain théologique de la médiation et de la récapitulation de toutes choses dans le Christ.) La plus haute humilité va de pair avec la suprême louange. La vision de la vraie Charité qu'est Dieu a pour contrecoup chez saint François de se mesurer lui-même à la vraie mesure et de constater son néant, et dès lors de ne plus vouloir que ce que Dieu veut et de trouver toute sa joie à posséder l'Esprit du Seigneur qui en même temps qu'il lui fait voir sa faiblesse lui permet, par ce qu'il met en lui d'intelligence et d'amour, de suivre la Volonté du Seigneur et de lui plaire. C'est ce qu'exprime saint François dans sa prière finale de la lettre au chapitre général : prière de demande humble et prière de louange glorieuse : « 0 Dieu tout-puissant, éternel et juste et miséricordieux, donne aux malheureux que nous sommes de faire pour toi-même, ce que nous savons que tu veux, et de vouloir toujours ce qu'il te plait, en sorte que, intérieurement purifiés, éclairés et embrasés du feu du Saint-Esprit, nous puissions suivre les traces de ton Fils Notre Seigneur jésus Christ et par ta seule grâce parvenir à Toi, ô Très-Haut : Toi qui en Trinité parfaite et en simple. Unité vis et règne et as toute gloire, ô Dieu tout-puissant dans les siècles des siècles, Amen. »

Ecoutons encore ce « misérable pécheur », mais que L'Esprit du Seigneur possède, exprimer ses actions de grâces, ses louanges, trop imparfaites à ses yeux, auxquelles toutefois il convie la création toute entière (1ère Lettre, 54-62). " Oh qu'il est glorieux et saint d'avoir dans les cieux un Père ! Oh qu'il est saint, beau et aimable d'avoir dans les cieux un Époux ! Oh que c'est chose sainte et chère, reposante et humble (alliance curieuse, mais prévue plus haut), pacifique et douce et aimable et désirable plus que tout, d'avoir un tel Frère ; un frère qui a donné son âme pour ses brebis, un frère qui a prié son Père pour nous Père saint garde en ton nom... Parce qu'il a tant souffert pour nous et qu'il nous a conféré et nous conférera dans l'avenir tant de bien que toute créature, qui est dans le ciel et sur la terre et dans la met et dans les abîmes, rende à Dieu louange et gloire, honneur et bénédiction ; car celui-là est notre vertu et notre force, qui le seul bon, le seul très-haut, le seul tout-puissant et admirable, le seul glorieux et saint, louable et béni dans les siècles infinis des siècles, Amen. »

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Au terme de cette étude qui a voulu n'être qu'une recherche dans les écrits de saint François de ce que celui-ci entendait par l'expression « avoir l’Esprit du Seigneur et sa Sainte Opération », on a peut-être l'impression d'avoir piétiné sur place, et aussi d'avoir quelque peu terni l'éclat des phrases de saint François, en les sortant de leur contexte et en les manipulant pour les remettre dans une ordonnance qui n'a même pas le mérite d'être claire ni contraignante.

Malgré cela peut-être aura-t-on aperçu que la pensée du saint est d'une extrême logique interne, d'un bout à l'autre de ses écrits, et qu'elle est structurée de quelques éléments toujours les mêmes et ordonnés dans la même hiérarchie de valeur. De là viennent tous ces textes qui semblent ne répéter que les mêmes idées dans leur même ordre. C'est cette même simplicité qui déroute toute tentative de systématisation de sa pensée ; c'est de l'ordre de la vie et de l'expérience.

Cet « Esprit du Seigneur », objet de notre étude, ne peut être en fin de compte déterminé comme étant uniquement référable à l'une des Trois personnes de la Sainte-Trinité. Sans doute peut-on remarquer, surtout dans ce que nous venons de voir en dernier lieu, que l'opération de cet Esprit coïncide avec ce que la théologie attribue comme opération propre à la Troisième personne de la Sainte-Trinité : la sanctification de l'âme fidèle. Mais François parce qu'il n'est pas théologien, au sens scolastique du mot, y a mis plus de richesse et de vie parce que moins de précision. Pour lui l'Esprit du Seigneur qui habite dans l'âme' de quelqu'un, c'est ce qui rend ce quelqu'un fils de Dieu, c'est ce qui lui permet de se conduire avec la dignité de cet état, c'est-à-dire en lui donnant des forces, pour détruire en lui tout ce qui est contraire à cette vocation, pour renforcer tout ce qui favorise l'union de ce fils avec son Frère, par la grâce duquel il est devenu tel, et avec son Père qui l'appelle à la participation de sa vie familiale d'Amour. L'Esprit du Seigneur c'est celui qui conduit à la contemplation, au désir et à la réalisation de cet Amour ; car lui seul permet qu'aux avances de Dieu notre réponse soit agréée comme étant de Lui, alors que sans le secours de cet Esprit nous sombrerions dans la plus grande désespérance de ne jamais pouvoir atteindre l'Infiniment Bon et l'Infiniment Aimable. L'Esprit du Seigneur n'est pas simplement pour saint François une notion comme l'est trop souvent ce terme abstrait de « grâce », qui serait son équivalent scolastique ; c'est éminemment quelqu'un qui vient, avec le concours de notre liberté, nous déposséder de nous-mêmes pour nous posséder, afin de nous conduire à Dieu, le bien souverain, seule convoitise digne de notre qualité de fils. Sans doute est-ce là aussi le rôle de la grâce. Mais ne serait-ce pas dévitaliser un peu la pensée de saint François que de remplacer un terme par l'autre ? Certes le désir du saint est de demeurer en état de grâce, mais son désir suprême c'est que cette grâce croisse, l'emplisse, qu'elle ne demeure pas à son stade initial, ce qui est la loi de la plupart des bons chrétiens. Or justement dans cette perspective de croissance, d'emprise totale de l'être, combien est plus parlante et plus proche de la réalité cette expression d'Esprit du Seigneur, qui parce qu'elle correspond à l'habitation de quelqu'un, d'actif, de vivant, d'agissant en nous, permet de mieux saisir ce que c'est que de désirer être possédé, dans l'humilité de notre condition et par pure gratuité, par la Charité de Dieu qui ne peut pas ne pas attirer à Lui tous ceux " qui ont part à son Esprit ».

Mais ce que cette étude ne pourra donner c'est l'accent de vérité, de témoignage infaillible, qui se dégage de la lecture suivie des écrits de saint François. Le long commentaire, qui encombre et voile un peu la fraîcheur des textes, a nui peut-être à ce contact d’âme à âme que l'on éprouve en essayant de pénétrer la pensée du saint.

Ainsi ne peut-on mieux résumer tout ce que l'on a essayé de dire ici, que de citer saint François, qui semble avoir condensé tout ce qu'il a développé autour de cette idée d'Esprit du Seigneur dans la 16ème Admonition, sur la pureté du cœur - « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur car ils verront Dieu » (Mt., 5/8). Ont le cœur pur, ceux qui méprisent les choses terrestres, cherchent les choses célestes, et ne cessent jamais d'adorer et de voir d'un cœur et d'un esprit purs le Seigneur Dieu, vivant et vrai. »

Telle est la Règle de conduite qu'il propose, et il s'autorise à le faire parce qu'il l'a vécu ; ne peuvent suivre cette règle que ceux qui ont l'Esprit du Seigneur et l'aide de son opération. Saint François a possédé cet Esprit (et la réciproque est d'autant plus vraie) comme pas un être au monde ne l'a possédé depuis le Christ-Jésus et sa mère Marie. Seule d'ailleurs cette possession a été capable de rendre François assez audacieux dans son humilité pour adresser à Dieu cette prière d'une sublime folie amoureuse, dont la réponse sera l'extase de l'Alverne : « Seigneur je vous en prie, que la force brûlante et douce de votre Amour absorbe mon âme et la retire de tout ce qui est sous le ciel, afin que je meure par amour de votre Amour, puisque vous avez daigné mourir par amour de mon amour ».

Un modèle de bonté : François d’Assise

 

par P. LIPPERT, « La bonté », Éd. Aubier

Eucharistie

 

par Marie-Adrien CORSELIS, ofm

Les extravagances de l’Esprit

 

par Georges BERNANOS, « La liberté pour quoi faire ? », Éditions Gallimard

Jésus-Christ sur le bout de la banquette

 

par Jean-Dominique

Le proie de l’esprit

 

par François ÉVAIN, « Processionnal de Jeanne », Cahiers Sainte Jehanne, juin 1948

Jeanne et l’Esprit

 

par Gérald HÉGO, ofm

L’exercice qui vient de Dieu

 

par Charles PÉGUY, « Note conjointe »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Perspectives d'éducation
 

Extrait du sommaire du n°11, 3ème trimestre 1956

Liminaire
                                                                             texte intégral

Éducation et spiritualité

L'ÉDUCATEUR DIVIN

Patiemment Dieu éduque l'homme, en lui permettant d'accéder à la liberté intérieure, à la liberté de l'esprit. Tel est le sens de l'existence de l'homme ici-bas. Patiemment Dieu provoque ses fils à la foi et à l'Amour, et les attend. il souffre, tolère, supporte l'imperfection de l'homme et le mal qui est en lui. Il s'agit bien dune « éducation » : Dieu nous « fait sortir » d'un état pour nous mener à un autre, et, par définition le but n'est pas encore atteint, pas encore connu, ou plus exactement, il ne l'est jamais qu'imparfaitement et partiellement ; il est aussi aléatoire. Le temps d'ici-bas est toujours celui de la « patience » de Dieu.

Terme hardi de la Sainte Écriture, où l'Éternel, l'Unique apparaît comme compromis avec notre temps, comme assujetti à notre histoire. Mais il en est d'autres : il est dit aussi du Seigneur qu'Il est fidèle ou vrai. Cela implique qu'Il n'a qu'une parole, qu'Il ne trompe pas, qu'Il nous fait véritablement confiance, qu'Il s'est engagé envers nous de telle manière qu'Il ne reviendra pas sur son propos, qu'Il nous considère dès le départ comme les êtres libres que pourtant nous ne sommes pas encore, qu'Il a jeté définitivement dans l'aléatoire de notre destinée son parti-pris de bienveillance, son pari de succès. Optimisme divin : nous sommes libres, Il nous veut libres, Il n'est notre Père que dans l'exacte mesure où à sa manière Il « croit » que nous pouvons devenir librement ses fils. Cet optimisme de l'Éducateur par excellence, « de qui tire son nom  toute paternité dans les cieux et sur la terre », est celui de l'Amour.

Dieu est VIVANT, dit aussi l'Écriture, ce qui implique directement qu'Il s'intéresse à notre cheminement, qu'Il intervient dans l'histoire de notre destinée, qu'Il n'est pas indifférent à son issue, mais la prend pour ainsi dire à son compte. Mais cette intervention est la plus délicate en même temps que la plus efficace qui soit. Elle est la plus « puissante » en même temps que la plus respectueuse. Rien West plus « son » affaire que notre drame personnel, son enjeu et sa fin ; et pourtant rien ne nous est plus effectivement personnel. Il veut et il fait que nous soyons parfaitement nous-mêmes. Sa manière de nous vouloir et de nous re-créer souverainement dans la grâce est de nous faire confiance. Ce qu'Il opère en nous, c'est notre liberté même, et « le vouloir et le faire ».

De la sorte on ne va jamais assez loin dans l’expression de l'intransigeance et de la jalousie divine. Nous Lui appartenons. Mis au monde, créés et éduqués par Lui, nous sommes proprement, et dans le sens le plus fort qui soit, « son » " œuvre » ; et nous n'existons en définitive que pour sa Gloire et pour sa Volonté. Tout ce qui en nous ne Lui rend pas hommage est déjà jugé par Lui et condamné à son feu dévorant. Mais les œuvres de Dieu, comme d'ailleurs les œuvres de l'Esprit en nous, ne Lui sont pas nécessaires. Il n'en a nullement besoin pour s'accomplir Lui-même, pour se glorifier, pour ajouter à sa Gloire. Elles ne sont aucunement comme un prolongement nécessaire et impérieux de Lui-même. Il ne ressent pas le besoin de Se prolonger en nous, de se retrouver Lui-même dans ses fils. Il est Amour, sortie parfaite de Soi, et c'est pour nous-mêmes qu'Il veut que nous existions devant Lui. C'est pourquoi on ne va jamais assez loin non plus dans l'expression du respect infini qu'Il nous porte.

On ne peut d'ailleurs aller plus loin dans cette expression que saint Paul lui-même commentant le mystère de l'Incarnation au chapitre 2 de l'Epitre aux Philippiens., « ... Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais Il s'anéantit Lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, Il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix. Aussi Dieu L'a-t-il exalté, et Lui a-t-Il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom... » Ainsi la vivante « image du Dieu Invisible », « par qui et pour qui tout a été créé » et « en qui toutes choses subsistent » (Col., 1/15-18) réunit mystérieusement en sa Personne et le dessein divin et la réponse libre de l'homme. En Lui Dieu réussit son œuvre et arrive à ses fins : « la louange de sa Gloire » (Eph., 1/1.2-14) et l'épanouissement parfait de sa créature dans la liberté. En Lui nous avons vu l'abaissement de Dieu et l'exaltation de l'homme, la gloire insoupçonnée d'un Dieu qui est Amour et la grandeur également insoupçonnée de l'homme en sa soumission même...

ŒUVRE HUMAINE ET MYSTÈRE

Ce qu'une réflexion sur la Sainte Écriture peut ainsi nous apprendre sur les rapports de Dieu avec nous, comporte-t-il quelque commune mesure avec les soucis -quotidiens de l'éducateur ? Ce n'est pas si certain. Il importe de ne. pas le croire trop vite. Si Dieu peut être dit éducateur, ce West pas à la manière humaine. Il est évident en tout cas que cette contemplation, amorcée ici seulement, de l'Éducateur, Divin, n'est nullement susceptible de répondre aux problèmes qui se posent dans l'ordre des réalités terrestres. Il s'agit manifestement d'un autre ordre. Inutile d'insister sur le danger et la naïveté d'une transposition pitre et simple, d'un passage sans discernement d'un ordre à l'autre L'Écriture ne nous apprend ni les moyens de mener à bien et, sans erreur toute œuvre éducatrice, ni même cet essentiel dont on croirait trop facilement qu'il peut dispenser de tout le  reste. S'il y a quelque imitation possible de Dieu dans les tâches humaines, une manière « spirituelle » de les poursuivre, elle ne s'atteint précisément, et par définition, qu'à travers ces tâches elles-mêmes.

L'éducation est, une œuvre  humaine, tâche délicate et art difficile. Elle suppose une connaissance approfondie de l'homme et une mise en œuvre très précise de ses résultats. Cette connaissance s'acquiert, cette technique s'apprend. Ni l'une ni l'autre ne sont jamais parfaitement au point. Recherches et expériences s'accumulent et s'enrichissent quotidiennement. Les hypothèses et les découvertes successives peuvent quelquefois se contredire. Pour le moins elles se dépassent continuellement les unes les autres. Cependant la tâche demeure, et son urgence. Le métier d'éducateur suppose donc, et plus que jamais aujourd'hui, une grande ouverture aux problèmes nouveaux, une extrême prudence et modestie.

Il ne suffit d'ailleurs pas à l'éducateur d'être un savant averti et un habile technicien. Cela lui permettrait tout au plus d'être un bon conseiller, alors qu'il s'agit de mener à bien l'œuvre elle-même. L'application fidèle, même très intelligente, des principes, ne suffit pas non plus. La matière du travail est ici l'homme. Dans l'œuvre éducatrice, c'est l'homme lui-même qui se trouve engagé envers son semblable dans une relation quotidienne d'ordre personnel. Sa propre personnalité devient alors, avec celle de l'éduqué, éléments intégrants de l'action entreprise, facteurs de sa réussite ou de son échec. Il devient dès lors indispensable à l'éducateur de prendre conscience de toute la dimension de sa tâche : il ne s'agit pas seulement de résoudre au mieux des problèmes, car en réalité le voici engagé lui-même dans un mystère qui le dépasse et qu'il ne peut avoir la prétention de dominer parfaitement. Ici la science proprement dite est insuffisante, son domaine propre est dépassé, sans doute pour la consolation partielle de l'éducateur improvisé que tout homme, à quelque titre, est appelé à devenir, mais aussi évidemment, à un autre plan, pour l'accroissement de la difficulté.

Tout ce que la science proprement dite peut dire de vrai l’homme ne prétend jamais, du moins ne peut jamais prétendre, à sa connaissance totale. L'homme ne se connaît jamais parfaitement, il est un mystère pour lui-même. Il ne se connaît en définitive que dans une option pratique de son existence, en laquelle il se définit lui-même. Toute conception philosophique de l'homme participe à quelque degré de cette option fondamentale, et c'est ce qui explique les différences de vues. On com. prend dès lors l'importance d'une vision de l'homme, qu'elle intervienne à l'état de théorie élaborée ou simplement implicite, dans l'œuvre éducatrice. A ce niveau de profondeur, il ne s'agit plus d'une « œuvre » ; ne s'agit-il pas plutôt d'une véritable aventure d'ordre spirituel ? Les données fournies par la science ne deviennent pas pour autant quantité négligeable, mais leur interprétation et leur utilisation demeurent fonction dune vision totale de l'homme, d'une prise de position à l'intérieur de son mystère.

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SPIRITUALITÉ DE L'ÉDUCATION

Ces remarques fort rapides, susceptibles entre autres d'attirer l'attention sur la naïveté de la confiance accordée souvent aux « méthodes nouvelles » et aux « découvertes modernes » n'ont pas d'autre but, que de situer exactement le point de vue de ce Cahier. « Perspectives d'éducation ». Sous-entendu bien sûr : perspectives spirituelles, religieuses.

Il y a une spiritualité de l'éducation, dans la mesure même où elle veut tenir compte de tout l'homme dans la reconnaissance de son être spirituel, et où tout l'homme s'y trouve engagé comme tel. Pas de conception totale de l'éducation en dehors dune vision complète de l'homme. Pas d'action éducative en profondeur, en dehors d'une prise de position concernant le sens dernier de l'existence humaine. Pas de visée éducative dernière, sans prise en considération de la destinée finale de l'homme. S'il est vrai que toute tâche éducative ressortit en définitive de l'intention d'aider les autres à devenir pleinement eux-mêmes, il s'en suit que tout éducateur se doit de demeurer attentif au mystère même de l'homme, et par conséquent à son propre mystère.

Cette attention nécessaire appelle en réalité une option pratique, et déjà de quelque manière une foi, une façon de se situer par rapport au mystère. Il ne s'agit pas, préalablement à l'œuvre éducatrice, de tenter l'explication de ce mystère ; il s'agit bien plutôt de le, vivre comme il doit être vécu, de le vivre de telle manière que la route suivie soit celle qui mène au but. Sur ce plan aucune œuvre de formation ne peut prétendre à déterminer l'homme, à le conditionner ; la relation personnelle qui engage l'un envers l'autre l'éducateur et l'éduqué peut réussir ou non ; elle peut devenir ou non la médiation nécessaire (autant pour l'un que pour l'autre d'ailleurs) d'une révélation de soi et d'une découverte de Dieu. Il s'agit, à travers elle, de coïncider mystérieusement avec cet « esprit » en travail qui mène le monde, et l'homme dans le monde, à la pleine réalisation et pleine conscience de soi.

Or la foi chrétienne se présente comme cette option fondamentale en laquelle l'homme, solidaire de ses semblables, accomplit sa destinée. C'est en ce, sens plénier de l'accession à la foi que l'on veut parler ici de « spiritualité de l'éducation ». Il faut en demander le secret notamment à la Bible. Nous le demanderons aussi à celui dont la « sagesse et la simplicité » en avait pénétré si profondément l'esprit, à saint François.

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LA. BIBLE ET L'EDUCATION

Demander à l'Écriture et à saint François de nous éclairer sur le sens dernier de l'éducation, ce n'est pas évidemment d'abord y chercher, quelque chose comme des conseils pratiques ou des principes à appliquer. A vrai dire ils ne se proposent pas de traiter de l'éducation en tant qu'elle est une œuvre humaine, mais de communiquer l'esprit qui doit animer toute œuvre Ce, que peuvent nous apprendre le témoignage de l'Écriture et celui d'un saint, c'est essentiellement une manière pour l'homme de vivre sa relation au monde et aux autres, et, à travers elle, sa relation à Dieu

Si la Bible nous parle d'éducation, c'est avant tout qu'elle se présente tout entière comme l'histoire des rapports de Dieu avec l'homme, et que cette histoire y est conçue comme la lente éducation de' l'homme par Dieu son Père. Envisagée ainsi, la Bible n'est pas une école d'éducation parmi d'autres ; elle est l'Unique et l'Incomparable. Ce serait pourtant un  e erreur de chercher dans l'Éducateur Divin avant tout et uniquement un modèle à imiter. Une telle façon d'aborder le message de l'Écriture, si elle est exclusive,, prouve qu'on le considère comme une lettre let non comme un esprit., S'il est vrai, comme dit saint Paul, que « toute paternité ...  tire son nom » du Père qui est dans les Cieux, on comprend en effet que la découverte de la Paternité Divine soit la source de toute éducation humaine dans l'esprit ; mais précisément, la paternité divine n'est pas une notion seulement, sa découverte est fonction dune relation vivante où l'homme ne connaît vraiment son Père qu'en acceptant d'être son fils.

C'est pourquoi une mise à l'école de l'Écriture en matière d'éducation, comme en tout autre domaine, n'a rien à voir avec l'assimilation intellectuelle d'un certain nombre de principes à appliquer, ou avec l’imitation d'un comportement décrit de l'extérieur. Elle doit en réalité s'identifier avec une mise a l'école de Dieu même. Le véritable profit du contact avec l'Écriture, c'est d’apprendre à l'homme qu'il est lui-même l'éduqué de Dieu. Rien ne remplace en définitive chez l'éducateur chrétien la conscience vécue d’être soi-même en route sous la conduite du Père des Cieux. C'est en cela d’ailleurs qu'il apprend à être père à son tour à la manière divine, car il se voit alors révéler « l'humilité de Dieu ». Le critère de toute éducation vraiment spirituelle est la conviction que l'autorité réelle que l'on détient ne doit pas être confondue avec l'avantage d'une supériorité utilisée, de quelque manière que ce soit, à son profit.

Cela revient-il à nier l'existence de toute véritable autorité humaine dans l'ordre spirituel ? Il est bien vrai en effet, selon l'Évangile, que nous ne devons « appeler personne notre père », si ce n'est Dieu. Cette volonté de consécration du mot « père » par le Christ Lui-même, cette tentative de réservation du vocable au « Seul Père qui est dans les cieux », se refuse évidemment d'elle-même à toute interprétation littérale. Peu importe donc, que l'on ait obéi ou non selon la lettre à cette injonction du Christ ; peu importe également ce qu'humainement il souhaitait en parlant ainsi. Toujours est-il que cette parole de l'Évangile, conserve sa signification profonde.

Elle signifie d'abord tout simplement qu'il n'est de véritable paternité spirituelle que celle de Dieu, et que par conséquent toute autorité spirituelle ici-bas ne peut être considérée que comme une participation à la Sienne propre. Il faut d'ailleurs aller plus loin : Dieu n'a pas besoin des hommes, mais tout se passe comme si. Il ne nous utilise pas pour satisfaire et accomplir ses projets ; mais Il nous aime, et sa manière de nous aimer est de nous faire participer librement à ses desseins, pour qu'ils deviennent réellement les nôtres. C'est la raison pour laquelle Dieu ne veut pas agir seul. Il n'a pas besoin de nous, mais son Amour Le porte à nous associer à son œuvre, à ne rien faire sans nous. Cette grande loi de l'Amour Divin comporte en matière d'éducation deux conséquences : la première, c'est que l'Éducateur Divin ne fait rien sans la liberté acquiescante de ses fils ; la seconde, c'est que Dieu ne fait rien sans la collaboration d'éducateurs humains.

La parole du Christ signifie encore que la Paternité de Dieu, à laquelle tout éducateur selon l'esprit doit participer, est une paternité unique, transcendante, analogue sans doute aux paternités humaines, mais aussi tout autre. C’est dire que toute autorité humaine qui veut s'accomplir dans le sens spirituel doit se dépasser elle-même, se laisser transformer à l'image de celle de Dieu, et se réaliser pleinement à travers cette transformation nécessaire.

C'est cette conformation progressive de toute paternité à celle de Dieu qui définit précisément la « spiritualité de l'éducation ». Toute réalité humaine cache en elle une étincelle divine qui ne demande qu'à l'embraser tout entière. Dieu créa l'homme, dit la Genèse, « à son image et ressemblance ». Il y a donc tout spécialement une manière divine d'éduquer. Le sens profond de toute éducation ne se révèle qu'à cette lumière ; et tout effort d'éducation n'aboutit et ne s'accomplit pleinement que dans cette conformité. C'est ainsi que toute réalité humaine, et même terrestre, porte en elle secrètement l'empreinte de Dieu et ne tend qu'à lui ressembler effectivement.

Un cœur qui écoute…

 

par Ignace-Étienne MOTTE, ofm

« J’ai appelé mon fils d’Égypte »
Valeur religieuse de l’épreuve

 

par Marie-Adrien CORSELIS, ofm

Un homme éduqué par Dieu

 

par Joseph LORTZ, « François l’incomparable »

Et si Dieu avait envie de jouer ?

 

par Jean-Dominique

François et la modération

 

par A. R.

Dans un monde de sourds

 

par Marie-Lucien BARRUÉ, ofm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Figures de pauvres
 

Extrait du sommaire du n°12, 4ème trimestre 1956

Liminaire
                                                                              texte intégral

Heureux les pauvres !

 

Les véritables héritiers de la Promesse faite à Abraham, au moment où elle va se réaliser, ne sont pas les Pharisiens, mais les " pauvres ». Ils étaient prêts à recevoir le Christ et ils en avaient, pour ainsi dire un besoin vital. La Providence les avait initiés et les avait préparés par un long calvaire. Leur misère elle-même, grâce à Dieu, les a conduits jusqu'au seuil de l'Evangile. Le Christ s'est adressé à eux et Il est venu pour eux. « J'ai été envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. » (Luc, 4/18). Leur pauvreté même, était devenue leur porte de salut. Par sa doctrine « Bienheureux les pauvres », par sa vie et par sa mort, le Christ béatifiait leur attitude, et, à travers elle, leur état qui les avait amenés à découvrir cette attitude. Il donnait un sens à la pauvreté.

Nul peut-être n'a mieux compris que saint François cette valeur que Jésus a donnée à la pauvreté. Un jour il répondit aux frères, « leur ouvrant pour ainsi dire le secret de son cœur : Sachez, Frères, que la pauvreté est le chemin privilégié du salut et la racine de la perfection. Ses fruits sont innombrables bien que cachés. Elle est ce trésor enfoui dans un champ, pour l'achat duquel, nous dit l'Évangile, il faut tout vendre et dont la valeur doit nous pousser à mépriser ce qui ne peut être vendu». (S. Bon., 7/9.)

Dans l'échelle des valeurs de saint François, la pauvreté occupe une place de premier ordre. En elle, il voit la mère de toutes les vertus et la racine de la perfection qui est suprême docilité à la grâce dans l'abnégation totale de soi. Il la considère non pas comme un moyen d’acquérir des vertus, mais comme une Personne bien vivante : le Christ. Et pour cette raison il s'en fait un idéal et un but digne d'amour. La Pauvreté devient sa Dame.

Cette Dame de ses rêves, il l'a découverte en même temps que le Christ ; et tout de suite, il a vu en elle « la plus belle et la plus noble des femmes ». Immédiatement, sous l'illumination de la grâce, il a eu cette intuition de la richesse spirituelle de la pauvreté. Et cette intuition a devancé pour lui toute expérience concrète, car, il avait toujours été comblé de toutes les richesses humaines. A la suite de cette découverte, il n'aura plus qu'un désir : être le plus pauvre parmi les pauvres. En retour, cette pauvreté matérielle lui fera découvrir sans cesse les richesses de son intuition originelle. Il s'établit ainsi un mouvement de va-et-vient entre sa découverte primitive et sa vie ; et le résultat de ce dialogue vécu, est un détachement de plus en plus radical et une perfection de plus en plus élevée. Ce mouvement le portera jusqu'à l'élévation suprême de l'Alverne où il reçoit non seulement dans son âme, mais dans son corps les signes sacrés du Pauvre Jésus qui s'est fait pauvre jusqu'à la Croix et par la Croix fût exalté.

Saint François a déduit sa vie de la contemplation du Christ pauvre. Il a aimé la pauvreté et il a voulu être pauvre. Les pauvres de la Bible vont parcourir un itinéraire inverse et extrêmement douloureux. Avant d'être les bienheureux ils ont été les malheureux. Ils se trouvent en face dune misère réelle, absurde, car dans la perspective de l’Ancien Testament, la misère apparaît comme un châtiment voulu par Dieu. Et si le plus, souvent elle frappe les justes et respecte les méchants, elle est un scandale. L'Ancien Testament n'apporte pas une solution satisfaisante à ce problème du mal. Ce problème ou plutôt ce mystère ne pourra se résoudre que dans un dépassement. Aussi, assiste-t-on non pas à une solution du mystère, mais à des découvertes qui le résorbent peu à peu. Finalement, en la personne du Pauvre par excellence -prophétisée par Isaïe Dieu lui-même apporte une réponse en devenant Pauvre en Jésus-Christ.

Figures bibliques de pauvres

Le drame de Job

 

par Marie-Éphrem CARABET, ofm

Figures bibliques de pauvres

Jérémie

 

par Marie-Éphrem CARABET, ofm

L’influence du pauvre dans l’Église

 

par Émile RIDEAU

Annoncer aux pauvres la pauvreté

 

par Georges BERNANOS

Tâtonnements dans la voie

 

par A. M., extrait de la revue « Jésus-Caritas » des fraternités laïques du père de Foucauld

La prière des pauvres

L’innocent des psaumes

 

par André CHOURAQUI

La prière des pauvres

L’opprimé des negro-spirituals

 

par R. REFOULÉ, op

La prière des pauvres

La servante du magnificat

 

par Albert GÉLIN, pss, « Les pauvres de Yahweh »

Figures de pauvres au cinéma

Charlot et Gelsomina

 

par Gérald HÉGO, ofm

Figures de pauvres au cinéma

Toto et Carmela

 

par Gérald HÉGO, ofm

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